Dani Kouyaté vu par la presse
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Télérama – France – 15 juin 2002
«Sia, le rêve du python» - Inspirée d'une vieille
légende africaine, une fable politique burkinabée aux accents
shakespeariens.
Un mythe africain très ancien raconte qu'un Dieu
serpent dévorait des jeunes filles vierges, et assurait en échange
la prospérité de tout leur peuple. Mais un jour, le fiancé
de celle qui devait être sacrifiée en offrande décida
de tuer le Dieu serpent... Cette légende a-t-elle encore un lien
avec nos vies d'aujourd'hui et nos envies de spectateurs? Pour Dani Kouyaté,
cela ne fait aucun doute, et il l'affirme d'abord à travers un
sage avertissement de Jean Cocteau: «C'est le privilège des
légendes d'être sans âge.» Le poète et
cinéaste français se sentirait sûrement chez lui dans
ce film venu du Burkina Faso, plein d'imagination et de liberté.
Ici, le cinéma africain s'aventure au-delà de ses repères
habituels: le petit village rural, décor immuable, est aussi un
royaume gardé par des soldats portant des uniformes d'une délicatesse
quasi féerique. Un gamin des rues court derrière un petit
prince vêtu d'or, fils de l'empereur Kaya Maghan, et les prêtres
dévoués au Dieu serpent se cachent sous des capes noires
qui semblent empruntées aux Seigneurs de Sith, maîtres du
côté obscur de la Force dans La Guerre des étoiles...
La jeune vierge qu'ils viennent chercher s'appelle Sia. Sans même
avoir besoin de l'aide de son fiancé, elle fuit et se rebelle contre
la tradition barbare. C'est une fille d'aujourd'hui.
Le mélange de costumes, des pagnes aux parures de contes, accompagne
donc un brassage des époques, et même des histoires. Car
le mythe du Dieu serpent devient rapidement une affaire de pouvoir politique.
Des plus sanglante. Le mystère des rites magiques est en effet
une sinistre comédie destinée à maintenir le peuple
dans la crainte et l'obéissance. Mais la révélation
de cette manipulation n'aboutit qu'à un inutile coup d'Etat: le
terrible chef des armées (interprété par Sotigui
Kouyaté, grand acteur et oncle du réalisateur) prend le
pouvoir pour imposer une nouvelle version de la légende du Dieu
serpent, toujours glorieuse et toujours trompeuse. Le mensonge se perpétue
et demeure l'instrument favori de ceux qui gouvernent, et peut-être
aussi l'opium préféré de tous les peuples. Si ce
système dure depuis des siècles, c'est que tout le monde
doit y trouver un bénéfice, suggère Dani Kouyaté.
Mais sa fable résolument politique ne se résout pas à
un message désabusé.
Dans ce monde d'hommes, religieux, militaires et dignitaires en tous genres,
la belle Sia a certes été manipulée, abusée,
mais elle ne s'est pas révoltée en vain. Elle retrouve sa
liberté en s'excluant de cette société où
les jeux sont faits, et prend la place du fou, le seul homme qui l'a aidée.
C'est désormais elle qui fera entendre la vérité,
cette folie. L'atmosphère du film finit ainsi par évoquer,
autre télescopage culturel séduisant, certaines piè-ces
de Shakespeare où la farce, le rêve et la folie se mêlent
pour raconter l'histoire des hommes. Le théâtre est d'ailleurs
directement lié à Sia, le rêve du python, qui est
l'adaptation d'une pièce, et en hérite parfois un peu de
lourdeur, quand trop de paroles figent le rythme du cinéma. Mais
la ronde des personnages a une intensité dramatique théâtrale
au meilleur sens du terme. Et, dans sa mise en scène, Dani Kouyaté
en a retenu une belle leçon: la force de représentation.
C'est aussi ce qu'il a su garder du charme des contes: la beauté
des images.
Frédéric Strauss
www.telerama.fr
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