Dani Kouyaté vu par la presse
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Le Figaro – France – 12 juin 2002
Dani Kouyaté, la lumineuse sagesse
De haute taille, longiligne, le visage fin aux traits aristocratiques
Dani Kouyaté est le descendant d'une illustre famille de griots
de l'empire Mandingue, ces conseillers, conteurs, défenseurs des
valeurs ancestrales et le fils de Sotigui Kouyaté, un des acteurs
fétiches de Peter Brook et l'émouvant interprète
de Little Senegal.
A quarante-deux ans Dani Kouyaté suit l'exemple de son père.
Artiste complet il est tout à la fois conteur, comédien,
danseur, metteur en scène de théâtre, réalisateur
de télévision et de cinéma. Après avoir signé
trois courts-métrages et Keita, l'héritage du Griot,
en 1985, il donne aujourd'hui Sia, le rêve du python, l'adaptation
d'une pièce du Mauritanien Moussa Diagana revisitant un mythe Soninké
du VIIe siècle expliquant la chute de l'empire pré-mandingue
du Wagadu (l'actuel Ghana) et la dispersion du peuple Soninké poursuivi
par la malédiction.
Le village de Koumbi est frappé de sécheresse. C'est la
disette. Pour ramener pluie et prospérité l'empereur ordonne
aux grands prêtres d'organiser un sacrifice humain rituel au Dieu-Python.
Il faut pour cela trouver une jeune et belle vierge. Sia (Fatoumata Diawara)
est choisie parmi toutes les jeunes filles de la communauté. Ne
voulant pas mourir elle s'enfuit dans la brousse. Elle se réfugie
chez Kerfa (Hamadoun Kassogué), l'agitateur du coin. Elle est vite
retrouvée. Va-t-elle alors échapper à son sort tragique
? Oui. Mais dans quel état... Elle a été violée
par les prêtres. Elle s'est surtout aperçue que le Dieu-Python
est un leurre pour abuser le peuple et de jeunes vierges. Elle est sauvée
par Mamadi (Ibrahim Baba Cissé) son fiancé, un fringant
lieutenant. Profitant de l'aubaine, ce dernier aidé par son oncle
Wakhané (Sotigui Kouyaté), le chef des armées, renverse
le souverain et prend sa place sans dévoiler pour autant au peuple
la supercherie. Traumatisée parce qu'elle a vécu Sia se
révolte et maudit la population, sur plusieurs générations.
«C'est une légende toujours très ancrée
dans les esprits africains, explique Dani Kouyaté. Elle s'est transmise
oralement par les griots, le soir, à la veillée. C'est un
des mythes fondateurs des Soninkés du Ghana. Une fable, une allégorie
sur les mystères du pouvoir et du totalitarisme. Une histoire de
manipulation et de malédiction. Une malédiction qui a poussé
les Soninkés à fuir, à immigrer loin de leur terre,
à se couper de leur culture. Je ne fais pas le procès de
ce mythe. Le Dieu-Python est une métaphore pour montrer les abus
et les mensonges des politiciens.»
«Je cherche seulement à réveiller les esprits, à
changer les mentalités, reprend-il. Les leçons du
passé ne servent jamais à rien. Personne n'en tient compte.
Il faut que les Africains cessent d'être fatalistes, d'attendre
que le bonheur, la prospérité, la félicité
viennent du ciel et de dieux illusoires. Il faut casser cette image. Je
m'y emploie. Mais, ça nécessite beaucoup de temps, de patience,
d'opiniâtreté, de sagesse.»
La sagesse au quotidien Dani la trouve chez son père Sotigui Kouyaté
qui lui enseigne l'art de vivre d'hier et celui d'aujourd'hui. «Nous
vivons entre Paris et le Burkina Faso dit-il. Je suis l'aîné
de dix enfants. Lorsque j'avais dix-douze ans en Afrique, mon père
m'emmenait marcher toute la nuit en brousse. Il m'apprenait à découvrir
la faune et la flore. A reconnaître les plantes. A écouter
les sons et à comprendre le rythme de la nature. Il me racontait
les légendes, m'enseignait les traditions héritées
de nos ancêtres griots. Parallèlement, je poursuivais des
études classiques au lycée. Ce double enseignement m'a beaucoup
apporté. Mon père est un homme très intelligent,
d'une grande sagesse et bourré d'humour. C'est mon meilleur conseiller
tant sur le plan humain qu'artistique. C'est un acteur magnifique et généreux
qui a su préserver sa part d'enfance.»
Brigitte Baudin
www.lefigaro.fr
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