Dani Kouyaté vu par la presse
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«Sia, le rêve du python»
Une critique d'Olivier Barlet du site www.africultures.com.
Après Keïta, l'héritage du griot, Dani
Kouyaté revient avec une autre légende, parfaitement maîtrisée.
Fable sur les luttes de pouvoir qui ensanglantent l'Afrique, cette adaptation
de la pièce du Mauritanien Moussa Diagana, elle-même inspirée
de la légende du Wagadu, est passionnante de bout en bout: un suspense
bien entretenu, un travail remarquable sur les décors et les costumes,
une musique servant la narration, une tension soutenue par un montage
serré et nombre de rebondissements font de Sia un spectacle total.
Seul bémol: une mécanique un peu trop bien huilée
qui fait regretter la vie que dégageait les improvisations de Keïta.
«Ils en veulent à ma langue et c'est mon nez qu'ils cassent»,
s'écrie le fou Kerfa, excellemment servi par Hamadoun Kassogué.
La place laissée à la folie dans le film n'est pas sans
rappeler l'importance des personnages de fous dans la littérature
africaine: le fou est à la fois sage et subversif. Il est la différence,
le grain de sable dans la machine du pouvoir et des traditions. Il provoque
et incite au changement. «N'est pas fou qui veut» dira-t-il
au souverain lorsque celui-ci voudrait capter sa sagesse, au terme d'une
confrontation qui restera un morceau d'anthologie.
C'est ce fou que sa folie protège qui remet tout en cause: le pouvoir
dans le film, le pouvoir du mythe dans la compréhension du monde.
Car Sia interroge aussi les épopées colportées par
les griots, louanges de ces personnages épiques dont les dérives
totalitaires et sanglantes sont souvent montées en épingles
sous prétexte qu'ils caressent le poil nationaliste. Le dévoilement
des instruments du pouvoir qu'il opère et la relativité
qui en résulte marquent un rapport très moderne à
la politique où l'enjeu devient non une radicale dignité
de représentation mais sa propre dignité, sa propre folie
de refuser de perpétuer le mensonge qui fonde l'exploitation.
Olivier Barlet
www.africultures.com
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