Dani Kouyaté vu par la presse
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La Réunion – Ile de la Réunion – 9 décembre 1997
Extrait d'interview menée par Michel Zitte
Originaire du Burkina Faso, Dani Kouyaté se considère
comme un griot de son temps. Pour ce jeune cinéaste «le cinéma
est un moyen fabuleux pour toucher l'universel». Rencontre avec un fils de griot qui refuse l'étiquette de
traditionnaliste tout en avouant «adorer la tradition».
La Réunion: Votre vie a-t-elle changé depuis le prix obtenu au festival de Cannes en 1995.
Dani Kouyaté:
Pas du tout. Cannes c'est bien pour l'effet médiatique.
Aujourd'hui il ne suffit plus de faire un film qui marche pour en
faire un autre. Il existe un cinéma commercial et un cinéma
dit d'auteur. Ce n'est pas un problème typiquement
africain. Le budget publicitaire d'un film comme Jurassic Park est
de l'ordre de 8 millions de Francs. Avec une telle somme je peux
faire cinq films comme «Kéïta, l'héritage
du griot»...
La Réunion: Primé en France, Kéïta a été certainement
accueilli de manière triomphale par vos compatriotes?
Dani Kouyaté:
Au Burkina j'étais sur mon terrain. On a même battu
le reccord détenu jusqu'alors par Rambo en terme de fréquentation.
C'est fabuleux. Pour la première fois, les gens se sont mis
en rang pour voir mon travail...
La Réunion: Les griots tiennent une place importante dans la culture du Burkina Faso?
Dani Kouyaté:
Aujourd'hui moins qu'avant. Traditionnellement, les griots
sont les détenteurs du savoir oral et de la mémoire du peuple.
Ce sont les garants des valeurs traditionnelles. Auparavant, ils conseillaient
les rois. Aujourd'hui beaucoup d'entre eux ne font plus que
chanter des louanges. C'est dommage...
La Réunion: L'Ile de la Réunion pour vous c'est l'Afrique
ou l'Europe?
Dani Kouyaté:
C'est à moi de vous poser cette question (rires)... Europe
ou pas Europe, l'important c'est d'avoir une âme.
Et je pense que l'âme se forge. L'Ile de la Réunion
doit peut-être se battre pour trouver une âme propre.
La Réunion: Quels sont vos maîtres à penser?
Dani Kouyaté:
Il y a beaucoup de gens que j'admire. Mais je refuse le terme de
«maître à penser». Ça signifie que tu
votes pour quelqu'un et qu'il réfléchit pour
toi. Toutefois, j'ai un faible pour Charlie Chaplin. C'est
un exemple car il a fait pleurer l'humanité en faisant rire...
Interview menée par Michel Zitte
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