Dani Kouyaté vu par la presse
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Interview de Dani Kouyaté à propos de son travail
de formateur dans le cadre de la première édition des Récréatrales
(du 1er mai au 30 juin 2002 - Ouagadougou, Burkina-Faso)
Pourquoi avoir accepté d'être formateur
dans le cadre des Récréatrales?
C'est d'abord un vrai plaisir de travailler au Burkina Faso, chez moi,
même si cela est relativement rare. Je donne l'essentiel de mes
stages en Europe. C'est toujours passionnant pour moi de partager mon
expérience avec des acteurs africains en Afrique. En outre, j'ai
été contacté par Etienne Minoungou, qui est un «frère» artiste que j'avais employé comme acteur dans
un épisode de la série «A nous la Vie»: le
plaisir est d'autant plus grand que l'initiative vient de l'intérieur.
Quels sont les axes de votre travail?
Je fais essentiellement des exercices sur la disponibilité, la
présence, la spontanéité, la prise d'initiative,
l'engagement, la lutte contre la peur et le sentiment de culpabilité.
Car c'est cela qui tue l'artiste. On se sent toujours coupable, on a peur
de mal faire et ça bloque notre engagement, ça casse notre
liberté. Or, il faut au contraire rechercher sa propre liberté,
accepter ses défauts et prendre conscience de ses qualités.
Nous avons chacun nos qualités et nos défauts. Ces derniers
ne doivent pas être une prison. Si on les reconnaît, si on
les repère, on peut jouer avec et en faire des espèces de
qualités artistiques. C'est là dessus que je travaille:
il n'y a pas d'erreur, l'erreur est humaine et l'art humain. Tout se transforme.
Donc il n'y a pas d'erreur si cela est pris en charge et assumé.
C'est très difficile de faire ce travail car l'on est toujours
dans la culpabilité envers soi-même ou envers les autres
et ce n'est pas évident de sortir de cela.
Vos ateliers débutent par une demi-heure de danse accompagnée
par des percussionnistes. Est-ce important pour vous cette base culturelle
africaine?
Que ce soit en Europe ou en Afrique, je travaille de la même manière.
En matière de disponibilité, de corps, d'esprit, de parole,
de voix, il n'y a pas de frontière culturelle en tant que telle.
Il se trouve qu'en Afrique, de façon naturelle et vivante, nous
avons tout cela. Il faut en prendre conscience car c'est pour nous tellement
quotidien qu'on ne se rend pas compte qu'on peut utiliser cette matière
dans le travail. Autour de nous, nous avons tous les éléments
pour nous maintenir, nous exercer, nous réveiller et nous éveiller
à l'art. Ces éléments sont universels pour ce qui
est de leurs effets sur un acteur.
Lorsque je travaille là dessus en Europe, c'est une chance incroyable
pour les comédiens car c'est très loin d'eux. Mais ici,
c'est plutôt une prise de conscience de ce qui nous entoure, qui
paraît simple et qui pourtant est notre outil de travail. C'est
un héritage culturel dont il faut être conscient. L'art est
vivant, le théâtre est vivant et le terrain africain est
plus que jamais vivant. Tout est vie ici. C'est tellement triste de voir
un spectacle africain mort alors même que la quotidienneté
est vie: un acteur qui monte sur scène et devient mort tout simplement
parce qu'il s'enferme dans des valeurs et des schémas qui ne sont
pas les nôtres et qui parfois sont décalés. Il y a
tellement de spectacles ici qui n'utilisent ni le rythme, ni le chant,
ni la musique, qui sont des espèces de reproduction des spectacles
à l'italienne, des mauvaises copies. Pourtant, on a tout sur le
terrain pour faire des choses vivantes. Il faut en être conscient.
On parle d'une crise du théâtre africain contemporain.
Est-ce votre opinion?
Je ne suis pas expert en théâtre car je suis plus impliqué
dans le cinéma que dans le théâtre en Afrique. Mais
il me semble que dans un domaine comme dans l'autre, on a de plus en plus
conscience de nos propres valeurs en matière de création.
Tant que l'on fera de mauvaises copies du théâtre occidental,
on sera toujours à côté de la plaque. Récemment,
j'ai été très admiratif de l'Imako Teatri de Côte
d'Ivoire dont le travail plonge ses racines dans la terre africaine. Bien
avant, Souleymane Koly avait déjà ouvert cette voie avec
son théâtre populaire Kotéba. Ici, au Burkina, j'attends
encore un peu ça.
La question de la formation de l'acteur pose-t-elle
problème au cinéma comme au théâtre?
C'est un problème crucial dans les deux domaines. Au théâtre
comme au cinéma, on a besoin de l'acteur, de sa compétence,
de sa disponibilité: c'est lui, la matière première.
Or, c'est Au cinéma, nous travaillons beaucoup avec les comédiens
de théâtre. Les acteurs dont nous disposons viennent à
90% du théâtre. Malheureusement, il y a très peu de
réalisateurs qui, comme moi, font aussi du théâtre.
Pourtant, le théâtre est une excellente école pour
l'acteur comme pour le metteur en scène. Discuter, réfléchir
avec un comédien, diriger un acteur, ça s'apprend. Le théâtre,
nécessitant un dispositif économique moindre que celui du
cinéma, permet de malaxer davantage la matière, que ce soit
le texte ou le jeu du comédien. Le théâtre permet
de se former sans poser trop de problèmes d'argent. Au cinéma,
la question de la formation de l'acteur est un cercle vicieux: pour faire
des films il faut avoir des acteurs et pour avoir des acteurs, il faut
faire des films. Mais je crois que plus sérieusement, la question
de l'acteur a longtemps été négligée au cinéma.
Beaucoup de réalisateurs ont du mal à comprendre aujourd'hui
encore que le cinéma commence par l'acteur. Ils n'est pas rare
de voir des réalisateurs choisir leurs comédiens quasiment
la veille du tournage. Au plan financier, lorsqu'il faut réduire
un budget, un réalisateur n'hésite pas renoncer à
un acteur qui lui demande trop cher. Il privilégie la gestion de
son argent par rapport à la qualité artistique de son film.
Au nord, le casting est l'un des éléments primordiaux du
cinéma. En Afrique, c'est la dernière chose. Il faut rectifier
cela.
Etes-vous prêt à vous investir dans un projet pérenne
de formation de l'acteur en Afrique?
Il y a quelques mois, j'ai créé avec des amis et collaborateurs
italiens du Théâtre du Soleil de Milan un centre de formation
de l'acteur à Bobo Dioulasso. Avec mes frères, nous avons
aussi ouvert dans cette même ville, dans une cour qui appartenait
à notre grand-père, un centre socio-culturel. Là,
nous accueillons des spectacles en résidence, essayons de former
des jeunes. Même si mes activités me laissent peu de temps,
je crois que c'est important de mettre en place des structures, des outils
de formation. Le problème, c'est que je n'ai eu aucune subvention
de l'Etat pour monter ces centres.
Quel bilan tirez-vous de ces dix jours d'atelier?
C'est difficile de tirer un bilan en matière artistique. Mais ce
qui est sûr, c'est que cette expérience est très intéressante.
L'échange a été réciproque. Pour les jeunes
comédiens et auteurs ici présents, ils ont une opportunité
unique de travailler. Même s'ils n'ont pas beaucoup d'expérience,
ils sont très disponibles et peuvent tous donner des choses intéressantes
s'ils sont bien encadrés et dirigés. A leur tour ils m'ont
apporté leurs expériences, leurs défauts et leurs
qualités qui sont pour moi autant de sujets de réflexion.
Les Récréatrales inaugurent une formule tout à fait
originale, unique en Afrique. Par delà le résultat final,
je que souhaite évidemment concluant, c'est vraiment une initiative
à renouveler.
Propos recueillis par Ayoko Mensah
www.africultures.com
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