Dani Kouyaté vu par la presse
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La Guilde Africaine des Réalisateurs et Producteurs – France
n° 4 – mai 2001
Propos de Dani Kouyaté sur son travail et sur le cinéma
africain
... Pourquoi je m'interesse tant à la dramaturgie
orale?
A mon sens, si l'Afrique doit apporter sa part de danse à
la ronde universelle à laquelle chaque civilisation apporte sa
danse propre, la richesse technique et thématique de la dramaturgie
orale peut nous y aider. Elle contient de nombreux moyens d'expression:
chansons et danses, mythes, légendes et contes, récitations
rythmées, rites avec tous les accessoires (ornements, vêtements,
artefacts et images visuelles...).
Je m'attarderai seulement sur l'un de ces éléments:
le conte. À regarder de près le conte on peut y déceler
au moins deux aspects intéressants pour la création cinématographique.
Avant tout le conte se veut récréatif. Le but du conteur
c'est de distraire, d'intéresser à tout prix
son auditoire. Le bon conteur sait capter l'attention de son auditoire.
Il manie avec art l'humour, le portrait, hyperbole... Le diable
pour lui, c'est l'ennui. Par ailleurs le conte se donne pour
tâche de satisfaire la curiosité intellectuelle de l'Homme,
d'assouvir sa soif de questionnements... Les contes ne visent pas
que le divertissement. Ils sont rarement gratuits. Là, le fond
retrouve la forme. Nous pouvons donc divertir sans perdre notre engagement...
Ces dernières années, nous avons assisté à
une excitation des points de vue sur le genre de cinéma que l'Afrique
doit produire... Il faut désormais, disent certains «penseurs»,
faire des films urbains, modernes, le reste n'étant que «de
la calebasse»... Le «cinéma calebasse» pour moi,
c'est tout simplement le cinéma qui ennuie. Qu'il soit
villageois ou urbain. Le «cinéma calebasse», ce sont
les scénarios inaboutis, les distributions faites à la veille
des tournages, l'absence de direction d'acteurs... Le manque
de rigueur professionnelle qui caractérise encore souvent notre
travail... La polémique de la calebasse est un vrai faux problème.
Il faut du tout pour faire un monde. On ne doit pas canaliser les univers
des artistes créateurs vers un genre ou un autre.
Les artistes ne sont pas une bande de moutons... Ce qui est lamentable,
c'est le mimétisme aliénant, le manque de personnalité,
de caractère propre. L'assimilation à l'Occident
est triste, mais il ne faut pas pour autant dormir sur les lauriers des
ancêtres car, nous disaient-ils eux-mêmes: «Si le rythme
du tam-tam change, le pas de danse doit s'y adapter».
Dani Kouyaté
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