Dani Kouyaté vu par la presse
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Keïta, l'héritage du griot un film de Dani Kouyaté
Une critique d'Olivier Barlet du site www.africultures.com
Dani Kouyaté ne manque pas d'air: pour son premier long métrage,
il adapte la légende mandingue la plus célèbre d'Afrique
francophone, celle que bien des cinéastes rêvent de faire
le jour où ils en auront les moyens: Soundjata. Et cela
avec un budget dérisoire. Catastrophe? Aucunement! Keïta
est un film attachant, profond, sensible et tout à fait abouti.
Marqué par la qualité d'interprétation de Sotigui
Kouyaté, père de Dani, il joue sur un va-et-vient où
il puise sa force et sa légitimité.
Ce griot se rend en ville pour raconter au jeune Mabo Keïta l'origine
de son nom, ce qui permet à Dani Kouyaté d'alterner le récit
oral et son illustration le récit filmique tel que l'imagine l'enfant,
c'est-à-dire avec les moyens du bord. Il met donc en scène
l'Afrique du XIIIe siècle sans se soucier de l'exactitude historique
des costumes ou des décors. Plus encore, il prend avec la légende
la liberté qui lui convient, joue d'humour dans certaines situations
et en filme d'autres avec une simplicité parfaitement décomplexée.
Mabo est passionné par le récit du griot, au point de sécher
l'école. L'instituteur (l'inimitable Abdoulaye Komboudri) vient
le voir pour lui demander d'attendre les vacances. Et le griot de lui
demander son nom et s'il en connaît l'origine: «Que peux-tu
enseigner aux enfants sans connaître ton origine?» Tout
le film est dans cette quête: «Rappelle-toi toujours,
dit le griot à Mabo, que le monde est vieux et que le futur
sort du passé».
C'est une quête sans fin: le film n'épuise pas la légende
et propose au spectateur de tourner comme Mabo autour du baobab, c'est-à-dire
de se débrouiller pour en connaître la suite. Mais c'est
une quête essentielle pour le temps présent. La légende
de Soundjata est née dans un contexte guerrier: elle sert de légitimation
à la puissance d'un roi. Le griot ne la reprend que pour l'utiliser:
il la manipule, la transforme à sa guise pour servir son propos.
Comment dès lors s'étonner qu'un griot moderne s'empare
du cinéma? Les griots ont coutume de dire que la parole est comme
l'arachide: il faut la décortiquer. Le cinéma est un moyen
moderne de lutter contre la mort lente de la parole, c'est-à-dire
les valeurs qui soustendent une société, que livrent les
récits mythiques.
Décortiquer la parole par l'image sera dès lors une véritable
lutte culturelle. Sans que cela ne débouche sur des vérités
toutes faites: «Il n'y a pas de frontière entre vrai et
le faux, dit Dani Kouyaté. Tu dois toujours décoder
toi-même. C'est le sens de la fiction.»
Olivier Barlet
www.africultures.com
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